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- Dunkerque qui a longtemps été le port d'attache des grands-voiliers
de la maison Bordes, désire retrouver un peu de ce paysage d'antan,
où les mâtures élancées des trois et quatre-mâts
de retour du Chili, dominaient les bassins.
- C'était le temps des : Wulfran-Puget, Valentine, Antoinette,
France, etc.., qui avaient Dunkerque pour port d'attache, dans les
années 1920-26 ces navires par manque de rentabilité furent
désarmés, et à cette époque personne ne pense
à garder un de ces témoins de la grande époque de la
voile de commerce. Le dernier de ces grands voiliers, le quatre-mâts
barque " Valparaiso " construit à Dunkerque
en 1902, a disparu sous le pic des démolisseurs en 1926.
- Avec l'arrivée de la Duchesse-Anne, Dunkerque espère
retrouver un peu de cette grande époque. Mais c 'est pratiquement une
épave qui arrive à Dunkerque, seul les bas-mâts sont encore
en place, les mâts de hune, de perroquet et les vergues sont à
remplacer. De plus, des travaux importants de coque doivent être envisagés.
10
septembre 1981 Arrivée à Dunkerque du trois mâts Duchesse
Anne
- Après l'arrivée du bateau à Dunkerque, la question de
la restauration et de son utilisation se pose.
- Les réunions se succèdent. Le 31 octobre 1981 une de ces réunions
se tient à l'auditorium du théâtre de Dunkerque, sous la
présidence de Monsieur le Maire de Dunkerque. Dans l'assistance venue
nombreuse, on trouve le Commandant Randier, qui s'occupe de la restauration
du "Belem" à Paris. Il s'est déplacé
en compagnie du commandant Luc-Marie Bayle, ancien directeur des musées
de la marine, vice-président de l'association des Amis du musée
de l'Atlantique, pour mettre au point les opérations de restauration
de la "Duchesse Anne".
Etat
du voilier à son arrivée à Dunkerque
- Déjà de nombreuses inscriptions d'association, et d'individuels,
arrivent pour former une association qui sous la présidence de M. Benoît
Venturini, portera le nom de "Les Amis de la Duchesse Anne".
L'objet statutaire de cette association, est d'assurer la restauration et
l'entretien du voilier, de nombreuses personnes venant du monde maritime en
constituent le bureau directeur.
- A cette période les responsables de l'association, estiment le temps
nécessaire pour la restauration du navire, à trois ans et le
coût à trois ou quatre millions de francs, pour remettre en état
le superbe trois-mâts, et le transformer en musée à flot.
Mais au fur et à mesure de l'avancement des travaux, on se rend vite
compte que le temps nécessaire pour la remise en état serra
bien plus long. ( On verra dans les prochaines lignes que cette restauration
durera bien plus longtemps et coûtera beaucoup plus chère).
- Il faudra dans un premier temps, nettoyer, démonter, déblayer,
tout ce qui à bord du navire, est vétuste ou endommagé.
Ensuite on restaurera et réaménagera dans le style de l'époque
où le trois-mâts assurait son rôle de voilier école.
Le voilier, dont les mâts ont été sectionnés, depuis
son passage sous pavillon français, doit être remâté,
regréé et repeint en blanc, et redoré, pour retrouver
son aspect d'origine. Laissé sans entretien durant de longues années,
pillé même, il conserve toutefois quelques belles pièces
d'ameublement en acajou, qui serviront de modèle à la reconstruction.
- En mars 1982, les premiers travaux de nettoyage commencent, nettoyage des
ponts, des entreponts, etc.



-
L'année 1982, est marquée par un événement important.
Depuis son arrivée à Dunkerque, l'association et la municipalité
ont entamé des négociations, et réalisé de nombreuses
démarches avec le ministère de la culture, pour obtenir de faire
classer le voilier monument historique. Mais à cette époque la
notion de monument historique n'existe pas pour les navires, il faut donc faire
reconnaître par le ministre de la culture la notion de monument historique
maritime. Il n'y a d'ailleurs aucun représentant de cette branche dans
la commission. Enfin, le 11 novembre 1982, la commission supérieure des
monuments historiques donne son accord, le trois-mâts est classé
monument historique, (juste avant le "Belem).
- Le conseil municipal accorde une première subvention et affecte deux
ouvriers communaux sur le chantier mené essentiellement par des bénévoles.
Ces employés municipaux, assistés de temporaires, dirigé
par M. Roger Blaevoet, commencent les travaux.
-
En 1984 ont lieu les travaux de délestage du navire, pour préparer
le voilier à son passage en cale sèche. Il faut délester
le navire de 500 tonnes de galets et de gueuze qui reposent dans les fonds,
et surtout de nombreux détritus qui encombrent les ponts et les cales.
D'autres opérations urgentes débutent, comme le nettoyage de toutes
les cales, ou le piquage de la rouille à l'intérieur des cales.
Malheureusement au bout de quelques jours de piquage, il s'avère que
les dégâts sont plus importants que prévus. De nombreux
bordés doivent être remplacés.
Le navire entre le 13 mai 1985 en forme de radoub. De nombreuses tôles
sont découpées puis remplacées, des travaux d'envergure
sont entrepris sur la coque et les structures internes, le couronnement arrière,
est remis en état ainsi que la partie avant.



-
Cette même année 85, la salle des cartes, placée à
l'arrière sur la dunette, se trouve en très mauvais état,
elle est démontée. Elle sert ainsi de modèle pour la reconstruire
à neuf.
En 1987, alors que le bateau est toujours en cale sèche, Le pont supérieur
et le faux pont sont entièrement démontés, puis après
avoir été recouvert de tôles les nouveaux planchers sont
mis en place, puis calfatés.
La cuisine, située derrière le mât de misaine, a aussi beaucoup
souffert du manque d'entretien, les claires-voies sont brisées, la toiture
laisse pénétrer l'eau de pluie, les menuiseries sont toutes à
refaire. Sa restauration est, elle aussi entreprise.
Le pont principal, le gaillard et la dunette sont reconstitués de 1988
à 1990.
1988 voit la fin des travaux en cale sèche, et la remise à flots.



1989,
la remise en état du pont se poursuit. Le 27 mars 1989, a lieu le déhalage
pour le démâtage. La mâture basse métallique, en place
depuis le lancement en 1901, est dépourvue de son gréement, et,
oxydée, elle est démontée et remise en état.
En novembre les bas-mâts remis en état, sont remis en place puis
regréés. Les haubans et galhaubans sont replacés par les
permanents du bord.



1990,
les travaux intérieurs se poursuivent, après avoir pris la décision
de démonter puis de reconstruire les cabines des officiers et sous officiers,
ainsi que la réalisation de l'ensemble du mobilier, etc. Le tout, évidemment
en suivant scrupuleusement les plans d'aménagement d'origine. Ces plans
provenant des archives de l'ex-chantier Tecklemborg, ils nous sont fournis par
des amis allemands, souvent anciens élèves sur le navire. Certaines
pièces du mobilier d'origine sont récupérées.
1992, la mâture haute est mise en fabrication. Cette partie haute de la
mâture supprimée, lors du long séjour du voilier à
Lorient, était à l'origine en bois, comme en témoignent
les morceaux démontés lors de la restauration des hunes. Elle
est reconstruite en acier, pour des facilités d'entretien et de réalisation.
Puis une grue géante de 55m, entre en action pour la remise en place
de cette mâture. Opération délicate, réalisée
sous le regard de nombreux curieux.
Le bout dehors qui repose sur le beaupré en acier, était lui aussi
à l'origine en bois, il est reconstruit en acier puis remis en place,
ainsi que la sous-barbe de beaupré tenue par de fortes chaînes.



-
Novembre 1993,après avoir complété le lest, toutes les
vergues sont mises en fabrication.
Enfin après un long travail de préparation sur le quai, face au
bateau, où les vergues qui ont été livrées, sont
équipées de tout leur gréement, (poulies et fixations),
deux grues entrent en action, pour mettre en place les 15 vergues reparties
sur les trois mâts. Le travail a été bien préparé,
et sera effectué en quelques jours. Le fier voilier commence à
retrouver son allure d'antan.
Pour reconstituer cette mâture et son gréement, le bureau d'étude
de la ville de Dunkerque, a retracé grâce à de nombreux
documents et photos anciennes, les plans de cette partie importante du navire,
qui a disparu à l'arsenal de Lorient en 1949.
Le gréement courant des vergues hautes sont mis également en place.



-
Différents autres travaux sont également réalisés,
comme la restauration de la figure de proue, qui est l'originale. Celle-ci,
très abîmée, a été démontée
lors de l'arrivée du navire à Dunkerque et conservée soigneusement
à l'abri.
Grattée, poncée, réparée, débarrassée
des traces des différentes peintures et salissures, la superbe pièce
en bois retrouve sa place sous le beaupré.
- Les longues décorations prolongeant cette figure de proue, qui ont,
disparu pendant le séjour du voilier à Brest et à Lorient,
sont patiemment reconstituées. Là aussi il faut se servir des
photos de l'époque allemande, mais Roger Blavoet, réussit un superbe
travail de reconstitution.



Pendant
ces différents travaux, nous avons la chance, d'avoir plusieurs fois
la visite de quelques anciens cadets allemands du voilier-école, notamment
Alfred Karsten, et Joachim Nauen, qui ont le plaisir de revoir le navire de
leur jeunesse, et nous apportent leurs précieux souvenirs, ainsi que
de nombreux documents photographiques, très utiles pour la reconstruction
de certaines pièces.


-
Fin 1996, le navire doit de nouveau passer en cale sèche, pour remplacement
de plusieurs bordés et remise en état de sa carène. Mais
suite, à différents problèmes techniques, il faudra attendre
juin 1997 pour entreprendre de nouveaux travaux sur la coque.
- Le voilier étant toujours à flot, quai des hollandais, on change
de chaque coté de la coque, au-dessus de la flottaison, plusieurs bordés
sur une longueur de vingt mètres.
23 juillet 1997, aidé par les deux remorqueurs " Attentif
" et " Allegre ", le trois mâts quitte le
quai des Hollandais pour un voyage de quelques heures, qui le conduira vers
la cale sèche N° 3, où il entre à 11 h 30.
Ce séjour en forme de radoub, permet le remplacement de nombreux bordés
qui se sont révélés en mauvais état. La carène
est ensuite sablée, puis repeinte à sa couleur d'origine, verte.



-
Juin 1998, le voilier est prêt pour sa remise à flot, et pour son
remorquage au bassin du commerce. Malheureusement, lors du remplissage de la
cale, une entrée d'eau est détectée à l'arrière
du navire.
Il faut de nouveau vider la cale et réparer la coque, en effet après
ce long séjour en cale sèche, certaines tôles rivées
ont, semble t'il travaillé. Il faut donc reprendre une partie du travail
sur la coque, vérifier les rivets, et ressouder.
- Fin juillet le navire est enfin sorti de la cale, la hauteur d'eau dans les
bassins du port étant trop faible à cette saison, le voilier est
amarré provisoirement au bassin Freycinet. Enfin le 22 août 1998,
malgré un temps incertain et maussade et devant une foule impressionnante
de curieux, les remorqueurs tirent le voilier avec prudence vers le bassin du
commerce, en effet certains passages, comme l'étroit chenal entre la
communauté urbaine et le quai ne permettent pas d'erreurs, mais après
une manuvre parfaitement réussie, grâce à un excellent
travail des remorqueurs, lamaneurs, et pilotes, le trois-mâts fait une
superbe entrée au bassin du commerce sous les applaudissements du public,
parmi lequel M.Delebarre , Maire de Dunkerque, qui a assisté à
l'événement.
- Magnifique, fraîchement repeint dans ses couleurs d'origines, (Blanc,
vert, marron) la Duchesse Anne, est amarrée devant le musée
portuaire dans le bassin du commerce,



- Il faudra encore terminer de nombreux travaux, ceux-ci prendront néanmoins
encore plus de deux ans et demi, soit près de vingt années, au
total, pour réhabiliter la vieille Duchesse, mais grâce à
la ténacité des Dunkerquois le voilier "Duchesse Anne"
est sauvé.
-
Amarré définitivement dans le bassin du commerce du port de Dunkerque,
quai de la citadelle, le Duchesse Anne est régulièrement
ouvert au public depuis la célébration de son centenaire en 2001
dans le cadre de la collection à flot du Musée portuaire de Dunkerque
dont il est le fleuron, aux côtés de bâtiments plus récents.
Duchesse
Anne devant le Musée Portuaire au bassin du Commerce
Alfred
Karsten lors d'une visite. il a été cadet à bord du Grossherzogin
Elisabeth en 1925
Joachim
Nauen nous rendra plusieurs fois visite. Il a été cadet à
bord du Grossherzogin Elisabeth en 1931
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